J’ai envie de me faire attacher : quelques pistes de réflexion

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Le shibari vous fait rêver, les suspensions en particulier, vous avez envie d’essayer ?
Quelques questions à se poser avant de se lancer !

Comment, où, avec qui ?

En 2017, il existe quasiment une association par région, une bonne porte d’entrée pour découvrir cette pratique en étant encadré.e.
Dans ces structures, vous serez accueilli.e, vous pourrez profiter d’un programme de cours étudié de la découverte à la pratique de niveau avancé. Chacune d’elle possédant une approche propre, une lecture de leurs sites web est toujours recommandée.
Ce sont également des lieux où vous pourrez faire la rencontre d’attacheurs/ attacheuses (communément appelé.es « riggers »)

Que ce soit par le biais d’une association ou pas, si vous êtes décidé.e, vous trouverez un/e rigger prêt/e à vous faire vivre l’expérience.
Qu’ielle pratique depuis X années ou un mois ne garantit pas son niveau technique.
N’hésitez pas à vous renseigner : le Shibari est encore un petit milieu où globalement, beaucoup de pratiquants se connaissent.

Il s’agit d’une pratique comportant des risques, il est sain de se renseigner avant de se lancer.

 

• Je compte pratiquer en intimité :
Avoir un.e partenaire intime avec qui jouer ne dispense pas de se poser les questions ci-dessous. Si la sécurité et le maniement des cordes ne vous sont pas encore familiers, c’est le moment de prendre un cours (les tutos en ligne et autres livres ne vaudront jamais la correction d’un enseignant sur le placement et la bonne tension des cordes).

• Etre attaché.e, ça fait quoi ?
Pas mal de choses en fait ! Tout le monde ne sera pas sensible aux mêmes choses mais d’une manière générale, certaines réactions sont inévitables. A commencer par la réaction chimique qui va se produire.
Les endorphines sont libérées par le cerveau. Cette morphine possède une structure moléculaire proche de celle des opiacées.
Le taux d’endorphine est directement lié à l’intensité et à la durée de l’activité. Cet état particulier peut être décrit comme un moment d’euphorie, de spiritualité, de flottement dans l’irréel. Il peut persister après l’arrêt pendant 2 à 6 heures.
Effet antalgique des endorphines, qui bloquent la transmission des signaux douloureux et réduisent la sensation de douleur. Attention ne pas partir dans des sessions très compliquées, trop longue et ne pas chercher le spectaculaire surtout quand on débute.
On ne devient pas « accro » comme avec de la morphine, néanmoins, commencer à évoquer le « besoin » de se faire attacher n’est pas anodin. Essayer d’espacer les sessions de 15 jours, le temps que corps & esprit se remettent. Émotionnellement, une session de shibari peut bouleverser. La bulle créée avec le rigger peut être magique, on repousse des limites, on vit une osmose .. Le retour à la réalité peut être difficile et le rôle du rigger est d’accompagner dans cette redescende (qui peut parfois prendre du temps et se manifester quelques jours après par un « down », une baisse de tonus et de moral)

• Ce que ça ne doit PAS faire !
D’un point de vue physique : les cordes sont contraignantes, pas douloureuses.
Il est nécessaire qu’elles soient contraignantes et serrées (pour éviter de glisser, ce qui au-delà d’une brûlure de corde jamais agréable, n’est pas du tout rassurant sur le plan psychologique)
Suffisamment serrées mais bien placées ! Une bonne connaissance (autant par l’attaché.e que par le rigger) des passages de nerfs à risques, articulations et zones ligamentaires/ tendineuses est primordiale !
On évitera la zone du nerf radial (quand elle est touchée, une sorte de picotement / léger courant électrique est ressenti sur le dessus de l’index et du pouce), les articulations & tendons (faire des menottes larges sans nœud coulant).
D’un point de vue psychologique : une corde ne doit pas altérer l’état émotionnel de l’attaché.e si cela n’a pas été consenti dans un cadre posé avec l’attacheur et à tout moment, l’attaché.e doit se sentir suffisamment en confiance pour dire stop (même si 5min avant tout était ok)
Symboliquement, les cordes autour du cou, du visage, entre les cuisses (cordes intimes), ne sont pas anodines. Ne pas hésiter à en parler avant/ après ou refuser si cela ne fait pas partie de vos pratiques/ envies.

 

  • Consentement : perdre le contrôle, pas son intégrité !
    Lâcher prise, abandon, perte de contrôle… oui mais pas n’importe comment avec n’importe qui.
    Dans une session de shibari, deux personnes décident de se faire confiance.
    L’une des deux va remettre à l’autre un certain pouvoir. Celui qui reçoit ce pouvoir doit honorer la confiance qui lui est faite.

• Deux façons de pratiquer:
1) SSC (safe, sane & consensual) = le cadre de jeu est détaillé AVANT la session et aucune limite n’est franchie avant d’en avoir parlé
2) RACK (risk aware consensual kink) = pas de limites posées, on voit au feeling.

• Se poser les bonnes questions
Réfléchir et verbaliser ce qui nous fait envie- pas envie/ est négociable- pas négociable en amont d’une session est conseillé.
Ces éléments permettront au rigger de baliser le déroulé de la session. Il dispose d’éléments pour composer son histoire, il n’est pas obligé de tout utiliser, sa marge de manœuvre est connue. Il vaut mieux vaut terminer sur une légère frustration et recommencer que sur un amer goût d’abus.
Tout comme il vaut mieux différer l’expérience si vous ne vous sentez pas en confiance absolue.

• Les endorphines
Au cours d’une session de shibari, l’effet des endorphines peut fausser la perception des sensations, exacerber les sens… L’équilibre est de réussir à lâcher prise tout en gardant cela à l’esprit.
Dans ce sens, il est évident que la prise de substances récréatives avant une session n’est conseillée pour aucune des personnes participant à la session.

• Les limites
La pratique du shibari ne nécessite pas d’être nu.e. si nudité il y a, cela doit être un choix de votre part. Le consentement n’est pas que sexuel. Toutes les personnes souhaitant être attachées ne sont pas maso. Si une pratique ne vous plait pas, dites-le. Points de pression appuyés, contrôle de respiration, cordes sur le visage, cheveux tirés… vous n’êtes pas obligé de tout aimer ou d’avoir envie de cela avec cette personne. Ecoutez-vous. NON c’est NON !

Il vaut mieux ressortir d’une session de shibari un peu frustré.e que blessé.e physiquement ou émotionnellement.

• Conseils aux attaché.e:
Si en cours de session, vous sentez que vous êtes sur le point d’aller plus loin que prévu ou que quelque chose ne va pas, n’hésitez pas à vous manifester. C’est légitime.

• Conseils aux attacheurs:
Ne profitez pas de l’état modifié de conscience de votre partenaire pour lui faire accepter à  quelque chose qui na pas fait l’objet d’un OUI explicite avant la session. C’est un abus.

• A tous:
Attendez quelques jours que les émotions, la tension, les endorphines, l’excitation soient retombées et voyez si vous avez toujours envie de plus. C’est le cas ? Bonne nouvelle pour la prochaine session!

Espérant que ces quelques lignes n’auront pas entaché vos envies mais apporté des pistes de réflexion, je vous souhaite une belle session de Kinbaku.

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